La méthanisation comme technique énergétique est un procédé intéressant. Il s'agit d'abord d'un procédé de type industriel. L'exemple du projet de l'élevage porcin de Saint-Nicolas-du-Tertre pose tout de même un certain nombre de questions, financières et environnementales.

L'exploitation est située en zone d'excédent structurel (ZES). C'est à dire qu'il y a surcharge d'azote donc source de pollution à partir des sols. Ce projet permet l'agrandissement de la porcherie avec des nouveaux ateliers naisseurs-engraisseurs, tout en exportant le trop plein d'azote sur les territoires voisins. En particulier à Sainte-Marie, La Chapelle-de-Brain, Avessac et Saint-Nicolas-de-Redon. Le plan d'épandage de 814 ha se situe dans la vallée de la Vilaine. Il est bien évident que les marais de Redon et de Vilaine ne doivent pas servir d'épandage pour les matières solides issues de la méthanisation.

Le procédé de méthanisation utilisera 5 250 m3 de lisiers de porcs et 5000 tonnes de boues graisseuses provenant de l'industrie agroalimentaire. Le lisier est peu performant pour produire du méthane. Il faudra donc rajouter 1000 tonnes de déchets végétaux, provenant par exemple de déchetteries, 162 tonnes de refus de fabrication d'aliments, et 3 750 tonnes de maïs ensilage. Le procédé allemand de cogénération choisi permettra de produire la chaleur et l'électricité de l'exploitation, de revendre à EDF de l'électricité pour un équivalent de 590 foyers, de diminuer les gaz à effet de serre de 946 tonnes équivalent CO2 et d'économiser 624 tonnes équivalent pétrole. L'aspect énergétique du projet est en soi tout à fait performant. Il s'agit aussi d'un investissement rentable à long terme sans subvention. Comment justifier alors l'apport de l'argent public ?

Regardons les chiffres. Sur l'investissement de 2 812 140 €, la part des subventions (Ademe, Région Bretagne, Conseil général du Morbihan) est de 40 %, soit la somme de 1 124 856 €. La recette annuelle prévue est de 674 606 € (dont 620 153 € pour la vente de l'électricité à EDF). La charge de fonctionnement est de 396 192 € et l'engagement financier pour l'emprunt est de 136 544 €. Au final, l'excédent annuel de trésorerie sera de 141 870 € par an. Somme particulièrement confortable !

La société Direct Energie et l'exploitant agricole sont les deux actionnaires. Le retour sur investissement est de 6 ans et la rentabilité économique du projet est de 10 %. Le constructeur EnviTec Biogas est passé de 8,5 à 18 M€ de bénéfices entre 2005 et 2007. Que les entreprises dans un domaine porteur fassent des bénéfices, c'est normal et très bien. Que les sociétés d'actionnaires s'engagent dans des opérations financières rentables, c'est normal et très bien. Mais faut-il donc, dans ce cas-là, que les collectivités territoriales et l'Etat financent à fonds perdus 40% des investissements alors que d'autres secteurs agricoles comme l'agriculture et le maraîchage bio bénéficient de très peu d'aides ? A un moment où l'argent public se fait rare, les projets d'environnement doivent être soutenus pour ce qu'ils sont dans des investissements équilibrés à long terme. L'argent public doit-il servir d'enrichissement privé à court terme ? A ce rythme-là, très peu d'agriculteurs pourront bénéficier des aides nécessaires et équitables pour les années à venir. Les collectivités territoriales doivent par contre veiller à la cohérence globale des projets.